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De la silhouette à l'âme.

Les teintes sont délicatement posées sur l'argile cuite. Lent et minutieux ouvrage de la vie. Par série, par couleurs.
Les visages s'expriment, les drapés s'affinent, les corsages se parent des couleurs de la Provence. Une farandole de fleurs, de fruits, de légumes, de poissons éclate au soleil.
S'enflamme alors la poésie avec l'inspiration. Elle se nourrit de mille détails observés, engrangés. Long temps de l'observation qui lentement imprime dans le souvenir du santonnier ce moment, ce regard, ce geste, l'harmonie des tissus. Une quête ininterrompue, à la manière des poètes improvisateurs dont les promenades expertes permettaient de fixer en images et en rimes la vie des gens qui entraient ainsi dans leur légende.

Le santonnier est Félibre*. Il chante la Provence. Il modèle l'argile, saisit le réel pour le restituer magnifié, fantastique et émouvant et chacune de ses créations est empreinte de l'émotion qu'il a ressentie en contemplant les gens de son terroir. En quelques traits, simples et saillants, il dira le berger ou la poissonnière, le tambourinaire ou le rémouleur.
Il y a dans cette rigueur, dans cette exactitude de la reproduction à l'identique, une obsession d'artiste, comme si chaque détail recréé voulait sceller l'intimité de l'authentique et de l'imagination, pour que vive le santon.

* Félibre : écrivain, poète de langue provençale.